Jean
Johann Baptist Heinis
Les sermons de Jean-Baptiste Heinis
par André Dubail


On ne saurait dire si le curé Jean-Baptiste Heinis a conservé l'ensemble des sermons qu'il a prononcés, ou du moins mis par écrit, ou s'il a choisi de n'en garder que les meilleurs. Une chose cependant est certaine : son oeuvre oratoire peut être considérée, par son ampleur matérielle (près de mille pages manuscrites), comme l'un des volets non négligeables de son travail littéraire et mérite de trouver sa place comme complément à sa production poétique.


Présentation matérielle

Les sermons sont recopiés, rarement avec des ratures ou des ajouts, sur les feuillets de papier pliés en deux et rassemblés en des fascicules assemblés par un fil de coton passé dans la pliure. Chaque fascicule est composé de trois à cinq feuillets. Les sermons font de six à dix pages de 24 à 34 lignes, en règle générale le scripteur choisit une norme contante pour chaque oeuvre, soit de 25, soit de 30 lignes. Ils dépassent rarement les 180 lignes, soit les 1500 mots du sermon de la fête de la Tinité de 1866. Les feuillets forment des pages de 15,5 cm à 20,5 cm de large sur 17,5 cm à 21,7 cm de haut. Le fascicule était destiné à être déposé sur le rebord de la cuve de la chaire, ou même sur une tablette prévue à cet effet. Nous ne savons, si le curé Heinis, qui mettait un grand soin à rédiger et à recopier ses sermons, les lisait en chaire ou s'il ne les utilisait que pour guider sa parole, après les avoir appris par coeur. Une chose est sûre : il souligne rarement des mots pour les mettre en valeur. En revanche, grâce à une présentation soignée, les structures du sermon sont faciles à identifier et facilitent donc l'exposé oral.


Organisation

tous les sermons sont construits selon le même schéma. Au sommet de la première page figurent les initiales : A M D G et B (I) V M H, ce qui signifie: Ad Maximam Dei Gloriam et Beatae (Immaculatae) Virginis Mariae Honorem, autrement dit : «Pour la plus grande gloire de Dieu et pour l'honneur de la bienheureuse (et immaculée) Vierge Marie». En face, à droite, figure en latin l'indication de la fête ou du dimanche du calendrier liturgique, ainsi que celle de l'année, en chiffres arabes. Plus bas, au centre de la page, le sujet du sermon est indiqué sous forme de titre en allemand ; par exemple: Vom Vertrauen auf Gott (De la confiance en Dieu) ou Das Kreuz Jesu, ein Trost für die Lebenden und die Abgestorbenen (La croix de Jésus, une consolation pour les vivants et les défunts). Suit le texte. Ce dernier est une citation en latin extraite soit de l'Evangile du jour, voire de l'Epître, ou même tirée d'un passage des Ecritures de l'Ancien Testament. La citation latine est ensuite traduite en allemand. Le texte constitue l'amorce du sermon, qui se fait un devoir de n'être que son commentaire. Le sermon proprement dit débute par l'exorde ou introduction, qui, en trois paragraphes, replace le texte dans son contexte historique, puis le commente en expliquant l'intérêt qu'il offre à l'assemblée. L'exorde s'achève par la division qui annonce les deux parties du développement. La formule finale prend souvent la tournure suivante :"Das wollen wir jetzt mit einander betrachten." (Voilà ce que nous voulons maintenant considérer ensemble). Le développement est subdivisé en paragraphes de dix à quinze lignes, parfois numérotés, qui permettent de marquer des pauses et de souligner ainsi les structures de l'exposé. La peroraison ou conclusion se réduit au dernier paragraphe. Elle tire les leçons du développement et marque le sommet de la démonstration. Elle se termine souvent sous forme de prière à Dieu pour lui rendre grâce et pour lui demander son assistance. La formule finale exprime le souhait de voir tous les auditeurs jouir un jour de la béatitude céleste. Le mot de la fin est bien entendu le terme hébreu Amen (Ainsi soit-il).


L'art oratoire

Le curé Heinis était un bon orateur. Il savait construire des périodes qui captent l'attention de l'auditoire et l'entraînent par paliers vers le point final de la démonstration. Parlant de la persécution de l'Eglise en Europe  il énumère ce qui se passe ailleurs pour finalement évoquer la situation en France (Beinahe...Beinahe...Sogar in Italien...Und in Frankreich...!)  Il utilise des exemples pertinents empruntés soit au monde antique ou biblique, soit à l'époque contemporaine (il évoque, par exemple, les Garibaldiens, le Chassepot et la mitrailleuse !) Il enrichit ses textes de toutes les figures de rhétoriques chères à l'art oratoire : répétitions, accumulations, amplifications. Il introduit l'émotion dans son discours par l'usage des exclamations et des interrogations. Il dramatise son récit par l'intrusion du discours direct. Les ennemis de l'Eglise, par exemple, s'expriment parfois au discours direct en vociférant leurs slogans hostiles. Le locuteur s'adresse en général à l'assemblée  des fidèle réunis au pied de sa chaire. Il les désigne généralement par l'expression : "Meine liebe Pfarrkinder" (Mes chers paroissiens), il lui arrive aussi de les interpeler en les appelant tout simplement :"Christen" (Chrétiens). Enfin,  si l'orateur sacré s'associe  parfois à son auditoire pour mieux lui marquer son intérêt en parlant à la première personne du pluriel, en revanche jamais le curé Heinis n'intervient à la première personne du singulier : le prédicateur parle au nom du Christ, il s'efface derrière celui qu'il représente.
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