COMMENTAIRES
I. HOMME DANS SON MILIEU
Mon curé chez les ploucs ; mais des paysans pleins de bon sens, d’astuces, de savoir-faire et d’un savoir-vivre bien à eux.
Il était originaire d’un petit village près de Ferrette, donc de milieu haut- alémanique, village aux ressources limitées, au pied d’une chaîne de montagnes, peu fertile. Seul le changement de milieu, sa sortie de celui-ci pouvait lui procurer une ascension sociale, ce qu’il a fait vers l’âge de 20 ans.
Apprendre le Français en Suisse, à Porrentruy et accessoirement la versification Allemande et Latine, continuer les études à Altkirch, milieu Germanique à l’époque, puis continuer à Strasbourg au grand Séminaire, l’église lui procurant les moyens nécessaires. Ce cursus lui a permis aussi de suivre sa vocation de poète, de développer sa langue et ses capacités intellectuelles. Mais nous ne connaissons pas les milieux où il a évolué ou qu’il a pu contacter.
Il s’est arrêté à 5 paroisses de villages pauvres, de cultivateurs, de paysans. Il ne pouvait donc à partir de là s’insérer dans la vraie vie culturelle, celle d’un lettré qui lui convenait. Ce n’est qu’à sa retraite qu’il a pu contacter un milieu plus large (Altkirch).
Il semble avoir gardé des relations en Suisse et quelques-unes en Allemagne. La France est moins favorisée (Politique, vécu de la Révolution et ses séquelles).
Mais même à Altkirch, où il est bien inséré, il semble avoir peu de relations avec Strasbourg. Le Sundgau semble considéré de là comme une terre mineure ! Ses relations avec l’Evêché ne se sont faites qu’au niveau du Coadjuteur, semble-t-il.
Vivre dans le Sud de l’Alsace, c’est savoir garder une certaine autonomie, être un peu rebelle, savoir se développer seul, surtout ne pas vivre sous allégeance strasbourgeoise ; et s’insérer dans les peuples bordant la province de façon cohérente et efficace !
II. QUESTIONS FONDAMENTALES
- Qu’est ce qui l’a bloqué dans son ascension sociale ?
Sa vocation tardive, son origine rurale reculée, sa charge de famille
(4 nièces orphelines)
-
Qu’elle était sa position au sein du clergé et sa considération par l’Évèché ?
- Pourquoi à son enterrement y avait-il 25 prêtres et plusieurs doyens ?
Témoin d’une position reconnue.
- À travers ses poèmes, nous pouvons connaître discrètement les difficultés
d’une cure de campagne.
-
Son attitude politique, est-elle une vision personnelle ou vision d’église ?
III. LE TERROIR
Le lieu de naissance : Kœstlach (Chäschli ou Käschli) est situé en bordure des monts du Jura, au début du plateau Sundgovien. On y parle le dialecte haut alémanique. Le hameau est situé entre Ferrette (Pfirt – Comtat) et Porrentruy en Suisse Francophone. Il s’agit d’un habitat très ancien, connu du temps des Romains qui y avaient installé un poste d’observation. Il s’agit d’une contrée agricole pauvre (forêt, pâturages, étangs de carpes, et petits champs étroits, bombés en leur milieu pour permettre un bon écoulement de l’eau, car le terrain est peu perméable, argileux, peu productif). Il n’y avait pas d’industrie ; mais une agriculture de subsistance.
Les 2 premières paroisses se trouvent dans la plaine rhénane. Les villages, en terrain bas alémanique, l’un au sud de Colmar (Oberhergheim), l’autre au nord de Mulhouse (Pulversheim) font aussi partis d’une région agricole pauvre ; car la terre fertile, peu épaisse est assise sur un soubassement de galets, très perméable, donc sèche. Les champs, assez étendus, rapportent peu, céréales maigres et pommes de terre. Ces lieux ont un rapport très en dessous du niveau de rapport des collines viticoles sous vosgiennes et les gens ne se mélangent pas entre ces deux contrées, car les travaux agricoles sont très différents et plus durs dans le vignoble. Ces zones sont considérées comme arriérées par les viticulteurs sous vosgiens, plus aisés (élite de la classe paysanne !) À l’époque de Heinis Oberhergheim sur la rive gauche de l’Ill, compte environ 1660 hab., a une petite communauté juive, cultive le seigle, l’orge, la pomme de terre et quelques vignes. C’est aussi l’époque ou on installe une orgue Callinet dans l’église. Pulversheim est tout petit : 347 hab, dont quelques propriétaires terriens et surtout des journaliers. Il n’y a qu’une chapelle ; une teinturerie a été fondée en 1835. L’ agriculture est la même que ci dessus.
Les 3 villages du Sundgau, sur la frontière entre le haut et bas alémanique, sont en terrain agricole pauvre comme Kœstlach, mais en collines simplement. Ils sont caractérisés par des champs bombés et la présence d’étangs. Proche de Bâle, mais avec une frontière relativement étanche entre l’Alsace et la Suisse À cette époque, il n’y a aucune industrie dans 2 villages ; aucune rivière importante pouvait jouer voie de communication. À Roppentzwiller Zuber et Rieder ont été remplacés par Schlumberger et Steiner, qui deviendra E. Lang. L’agriculture : des céréales pauvres, de l’élevage, quelques vergers et quelques vignes. Ranspach le Bas compte 676 hab. ; Roppentzwiller 624 ; Schlierbach 825.
Le nom des 3 villages laisse supposer un terrain instable, boueux à l’origine.
L’ensemble des villages concernés, sont des endroits pauvres, sans beaucoup de ressources, sans agriculture de rapport, mais que de subsistance. Les risques de disette étaient réels comme il le signale dans un sermon. Les régions riches à l’époque sont les villes de la décapole, le vignoble, l’industrie autour de Mulhouse (Seule Pulversheim y est proche). Et l’exception est Roppentzwiller, quoique de faible importance.
L’agriculture se transforme lentement, le sol est amendé, la jachère tend à disparaître, le labourage se fait plus profond, la valeur de la terre augmente. Le sort des paysans et des journaliers s’améliore !
L’auteur de ces lignes, originaire du bas alémanique sous vosgien a passé quelque temps de sa jeunesse en territoire haut alémanique, devenant ainsi apte à déchiffrer les nuances des 2 dialectes, dans le cadre des poèmes en divers dialectes. Leur transcription était particulièrement ardue, car écrites en écriture gothique, et souvent avec des formes d’écriture très personelles.
IV.
LANGUE ET ORTHOGRAPHE
Nous sommes dans un cadre très particuliers : la langue parlée est le dialecte, l’allemand sert à l’enseignement moral et religieux (ses sermons sont en allemand), le français, souvent ânonné, est enseigné à l’école ; souvent la famille de l’instituteur ne le comprend pas ! Le renouveau vient des congrégations enseignantes qui forment les jeunes filles dans des pensionnats (deux nièces de Heinis) ; mais les enfants en général ne savent pas le français !
Donc contrairement aux poèmes, les sermons ont été rédigés exclusivement en langue allemande.
Les formes sont assez archaïsantes au début, mais se rapprochent progressivement de l’Allemand classique. Il n’y a jamais d’expressions pdialectales ou de Yddish que l’on retrouve dans ses poèmes.
Exemples :
Le
ÿ dans sa forme eÿ devient progressivement ei, mais jusqu’à la fin le mot sein (être) est écrit seÿn. Cette évolution se rencontre surtout entre 1846 et 1854.
Seÿ, seÿd, seÿn, beÿ, beÿm, dabeÿ, zweÿ, dreÿ, allerleÿ, einerleÿ, beÿgewohnt, befreÿt, Freÿheit, Geschreÿ, Parteÿ, Meÿnung, Eÿe (œuf), Sklavereÿ, Verräthereÿ, Räubereÿen, Ausschreÿen, Verheÿrathenen.
L’usage du
h est différent de son expression définitive. Il n’y a jamais de h entre un o et un r (ohr) : hören. Le h après un t disparaît progressivement (Thaten, Thun).
Il fait un usage immodéré du
nicht (pas, point) pour affirmer quelque chose.
“Le même” est toujours sous sa forme de
nämliche ou plus rarement nemliche, derselbe n’existe pas.
Le
ß ou
ss est transcrit en ss, sauf s’il correspond à un s lent comme dans
Buse, auquel cas on le transcrit en s simple pour indiquer la prononciation.
L’usage du
K ou du
C est variable pour un même mot,qui peut apparaître sous les deux orthographes : Kommunizieren ou Communizieren.
Le
i peut apparaître sous l’ancienne forme de
ü. (Hilfe est écrit Hülfe)
Parmi vous est écrit “
aus euch”
Gegen est utilisé pour exprimer actuellement l’expression « contre ». À l’époque il pouvait signifier : vers, à, sur, contre, envers, avec, pour, à l’égard, à proportion, en comparaison, auprès, au prix, au regard. Ces divers emplois sont souvent retenus par l’auteur, qui le privilège dans sa signification : vers, envers. Gegen Gott signifie envers Dieu et non contre Dieu.
Certains mots ont totalement disparus : Steineichten, geil, Wollüstling.
Il n’existe que peu de mots non répertoriés dans les dictionnaires d’époque. Pas mal de mots n’ont plus l’usage de l’époque ou encore ont perdu le sens de l’époque.
L’écriture de certains mots (orthographe) a donc changé fortement
Il est probable que la parfaite connaissance de la poésie et de la versification, sa parfaite assimilation des dialectes du terroir de son temps, ont fortement accéléré l’évolution de son language dans un sens plus
moderne, le clergé figurant parmi les professions « intellectuelles » de l’époque, où seul l’enseignant du village (souvent une religieuse) était ou approchait de ce niveau. Il ne mentionne jamais ses sources intellectuelles, quoique d’après certains poèmes il devait exister des cercles de poètes.
Dictionnaires utilisés :
1. HENSCHEL DICTIONNAIRE DES LANGUES FRANçAISES ET ALLEMANDES
Imprimerie Paul Renouard Au Bureau, rue Garancière N° 5 Paris
1838
2 .BADER Christian LEXIQUE DES PARLERS SUNDGAAUVIENS
Ed du Rhin Mulhouse
1997
Sources :
3. P. DOLLINGER HISTOIRE DE L’ALSACE Privat
1991
4.UNIVERSITÉ DE HAUTE ALSACE : DICTIONNAIRE DES COMMUNES
DU HAUT RHIN Alsatia
1980
V LES CITATIONS
Elles sont le moyen que l’auteur utilise pour affirmer ou conforter ses affirmations concernant les vérités de la foi, de la religion, de l’église. Ces citations sont en général tirées de la bible, des évangiles, des actes des apôtres et des écrits des pères de l’église. Elles sont utilisées comme moyen d’affirmer, de souligner des vérités souvent de bon sens, mais que l’orateur n’ose affirmer de son propre chef, car ces citations ont une certaine valeur dogmatique, de vérité intangible pour les ouailles simples que sont ses paroissiens. Les affirmations des sermons sont ainsi toujours cautionnées par des personnes inattaquables dans le cadre de la religion chrétienne, à fortiori catholique. Elles forment ainsi l’ossature de ses sermons, « certifiés » de cette manière. Le sermon est donc une transmission, sous le contrôle du St Esprit de la foi et de son usage quotidien. Et ainsi, évite tout risque de propos tendancieux, voir hérétiques, ou tout simplement incorrects.
En résumé : le sermon est la transmission, en l’éclairant selon les données de son époque, de la parole de Dieu aux fidèles. Ainsi le prédicateur devient-il l’émissaire de l’Esprit de Dieu (St Esprit) vers ses fidèles ; d’où en fait très peu de latitude à une expression personnelle du prédicateur.
VI
CRITÈRES D’ANALYSE DE L’ŒUVRE
-
Contenu :
- Religion :
- Linguistique :
- Rhétorique :
- Idées personelles :
- Positions politiques :
Personelles ou position de l’église de son époque
VII. AUTRES QUESTIONS
-
le milieu rural alsacien au XIX° siècle
-
les petites paroisses rurales :
- le regroupement des prêtres en charge des paroisses :
- comment était-il considéré : en tant que villageois ayant peu
de possibilités d’évolution, ou en intellectuel ? :
- sa position au sein de l’église Alsacienne de l’époque.